" Le temps perdu (...) vit au plus profond de nous, et seuls quelques-uns de ses fragments, anesthésiés ou embaumés par une mémoire conceptuelle et intéressée, vivent dans la conscience et forment notre autobiographie."

Pier Paolo Pasolini, "Les anges distraits", Actes Sud, 1995.

EPAISSEUR DU TEMPS

 

La mémoire et l’oubli, la perte et l’absence, sont au coeur de la pratique artistique de Sophie Zénon. Comment rendre compte du passé quand le langage manque ? Comment rendre visible l’indicible ? Comment produire des images malgré tout ? Comment transformer l‘acte photographique en acte poétique ?

Envisageant le paysage comme un lieu d’expérience, elle aborde le passé dans sa dimension de présent et le vivant dans sa capacité de résilience. Sur un paysage photographié au présent, elle superpose diverses strates temporelles et différentes écritures plastiques, pour rendre compte de ce qui, au-delà du visible ou de l’ici et maintenant, incarne l’esprit des lieux. Dans ses oeuvres, les corps y sont des spectres, des lieux de passage porteurs d’enjeux historiques, politiques et métaphysiques. "Un revenant étant toujours appelé à venir et à revenir, écrivait Jacques Derrida, la pensée du spectre, contrairement à ce que l'on croit, fait signe vers l'avenir. C'est une pensée du passé, un héritage qui ne peut venir que de ce qui n'est pas encore arrivé - de l'arrivant même". (1)

Image-palimpseste, empreinte, transparence, éblouissement, basculement des temporalités, réactivation d’archives mais aussi technique du geste et matérialité font partie de son vocabulaire plastique. « Esthétiquement, l’œuvre de Sophie Zénon condense deux lectures du paysage : l’une, critique, interroge l’histoire d’un événement qui a marqué le paysage et les consciences ; l’autre, en tant que résurgence du sentiment romantique du sublime, élabore le lexique photographique d’un « nouveau pittoresque » (2).

1- Jacques Derrida, "Spectres de Marx", Galilée, 1993

2- HéloÏse Conesa,"Rémanences" in "Pour vivre Ici," Loco, 2019.

 

BIOGRAPHIE

 

Sophie Zénon (née en 1965), artiste photographe française, vit et travaille à Paris. Elle a étudié l'histoire contemporaine à l’Université de Rouen et l'ethnologie à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) à Paris. Elle réalise ses premières photographies à la fin des années 1990 en Mongolie, un pays qui la fascine pour ses grands espaces et pour le rapport de ses habitants à une nature qui vibre, palpite. Depuis 2004, elle se consacre uniquement à sa pratique artistique.

Son activité alterne entre sa production personnelle, des réponses à des cartes blanches, des recherches sur le geste et les savoir-faire dans les métiers d’art et des ateliers pédagogiques auprès de publics du champ social. 

Ses créations se déclinent sous la forme de séries photographiques, de livres d’artiste, d’éditions, de vidéos, d’installations. 

Ses oeuvres sont exposées en Europe et à l'international depuis 2000 dans de nombreux centres photographiques, institutions, musées, festivals et salons (Paris-Photo, Art-Paris), dans des lieux tels que le Palais de Tokyo (Paris), la BNF (Paris), la fondation Pierre Bergé / Yves Saint Laurent (Paris), la fondation Fernet-Branca (Saint-Louis), la fondation François Schneider (Wattwiller), la galerie Thessa Herold (Paris), Le Houston Center for Photography (Etats-Unis).

Elles ont intégré des collections publiques (Maison Européenne de la Photographie, BNF, Musée français de la Photographie, bibliothèque Kandinsky/Beaubourg, bibliothèque du Rijksmuseum...) et privées. 

Sophie Zénon est l’auteur de trois monographies et de cinq livres d’artistes.

Elle est lauréate du prix EURAZEO (2019), du prix "Résidence pour la photographie" de la Fondation des Treilles (2015), du Prix Kodak de la Critique (1999), de la bourse Chroniques Nomades (2000), finaliste de la Villa Kujoyama (2015), du Prix Niépce (2011, 2015), du prix photo Marc Ladreit de Lacharrrière / Académie des Beaux Arts (2020, 2010).

Elle est représentée par les galeries Thessa Herold (Paris) et Schilt (Pays-Bas).

Sophie Zénon realised her first pictures in the late nineties, in Mongolia, a country which fascinates her as much for its boundless landscapes as much as for its inhabitants’ relationship to its vibrant and palpitating nature. Her discovery of shamanism, this global symbolic system in which the invisible world, and more specifically our ancestors, interact with the world of the living, leads her in 1998 to resume University studies in ethnology and in the social sciences of religions. Marked by this experience, since 2000, her artistic process is increasingly focused on this preoccupation with the photographic staging of absence, our relationship to ancestors, with filiation. Her photographic series “the Palermo Mummies” (Italy) is emblematic of this process. Captured with an exquisite delicacy, the mummies seem to vibrate, or even to dance, in between presence and absence, at a quivering frontier between life and death.

 

Recipient of the EIURAZEO prize (2019), of the Fondation des Treilles’s “Résidence pour la photographie” Prize (2015), of the Kodak Prix de la Critique (1999), of the Chroniques Nomades Fellowship (2000), shortlisted at the villa Kujoyama (2015), for the Niépce Prize (2011, 2015), for the Académie des Beaux Arts Prize (2010), her work has been shown extensively throughout France and Europe at large, and can be found in public collections.

 

Sophie Zénon is represented by the Thessa Herold Gallery (Paris), les Comptoirs arlésiens Gallery (Arles), as well as by the Schilt Gallery (Netherlands).

 

Translated by Wendy Parramore

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