L'humus du monde (1996 - 2025)
Du 21 novembre 2025 au 22 mars 2026.
Exposition inaugurale de la réouverture du Château d'Eau (Toulouse)
Vidéo réalisée par Anne Kerner et Camille Duffrenoy / Artvisions, Paris 2026.
"L’HUMUS DU MONDE invite à s’immerger dans l’univers poétique et critique de Sophie Zénon, une artiste singulière habitée par les questions de la mémoire, de l’histoire, et du passage du temps. La place du souvenir, notre rapport à l’oubli, à la perte, à l’absence, à la mort, mais aussi à l’exil et aux migrations, y sont centraux.
Photographies, archives réactivées, livres d’artiste, vidéos, installations, mais aussi gravures sur verre, monotypes, estampages tissés et modelés ... l’oeuvre de l’artiste se déploie en une narration protéiforme, révélant la place importante qu’elle accorde à l’expérimentation, à la matérialité et à l’hybridation des médium. De sa pratique naissent des oeuvres organiques, vibrantes et poétiques, guidées par les notions de fragilité, d’impermanence et de souffle de vie.
Conçue comme un parcours dans une oeuvre intimement liée à un parcours de vie, l’exposition s’articule en trois chapitres déployés dans trois espaces distincts. La physionomie particulière du lieu, ses espaces circulaires, ont inspiré à l’artiste une scénographie filant la métaphore du cercle, évocation pour elle du cycle de la vie et de la mort. Le choix des oeuvres, leur mise en scène s’organisent en écho les unes avec les autres au sein d’un même cycle de travail (ASIES, IN CASE WE DIE, ARBORESCENCES, RÉMANENCES), dessinant un lien constant entre-elles. À cette dimension temporelle, Sophie Zénon en ajoute une autre, spatiale, en convoquant des oeuvres (peintures, sculptures, objets, vidéos) d’époques et de continents différents empruntées aux différents musées toulousains (musées des Augustins, des Arts Précieux, des Antiques et Abattoirs).
De l’exploration de son histoire familiale à celle de la Grande Histoire, de sa propre mise en scène à celle des spectres, L’HUMUS DU MONDE dessine en filigrane le portrait d’une artiste fascinée par la beauté et l’effroi."
(Texte introductif du livret de salle)
Sophie Zénon, L’humus du monde
par Damarice Amao.
historienne de la photographie, docteure en histoire de l’art, conservatrice au cabinet de la photographie du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou et commissaire d'exposition.
Texte d’introduction à l’exposition L’humus du monde (1996-2025), Le Château d'Eau, Toulouse, novembre 2025.
Formée à l’anthropologie, Sophie Zénon poursuit depuis trois décennies une œuvre artistique hybride explorant les ressorts de la mémoire, la fragilité de nos existences humaines, et non humaines. À la recherche de l’indicible, de ce qui échappe à la perception et à l’intelligibilité immédiate, Zénon conduit de patientes enquêtes sur notre rapport aux éléments naturels, à la mort et au sacré (Momies de Palerme). Par ailleurs, en résonance avec son parcours intime et familial (L’Homme-Paysage / Alexandre, Dans le miroir des rizières / Maria), Zénon se réapproprie le récit d’événements historiques en dessinant de nouveaux espaces d’imaginaire poétique et de perception sensible (L’Herbe aux yeux bleus). Dans tous les cas, il est question de faire resurgir, au présent, les spectres qui hantent nos paysages et nos vies, en vue d’interroger la manière dont le passé nous façonne pour mieux lui donner corps.
En ce sens, Zénon n’est pas seulement une artiste puisant dans l’expérience du chamanisme qui lui est chère. Elle est également une photographe-alchimiste qui expérimente, met à bout, indiscipline le médium photographique afin d’en augmenter son pouvoir de révélation. Photogramme, collage, estampage, modelage, graphite, bois, pigments, cire et même or – telle est la liste non exhaustive des gestes et matériaux investis depuis plusieurs années par l’artiste. Elle partage ainsi cette jubilation pour la matière et son expérimentation avec des chercheurs, des poètes, des écrivains, des tireurs, des graveurs et des artisans d’art, qui l’accompagnent au cours de ses différents projets. Ces rencontres aboutissent à la réalisation de pièces uniques à la fois objets précieux et sculptures, qui prolongent avec subtilité l’univers de ses images photographiques (Air, Eau, Terre et Feu).
Cet esprit de dialogue parcourt l’actuelle présentation au Château d’Eau. L’humus du monde nous invite à une immersion organique dans les diverses ramifications de l’œuvre protéiforme de l’artiste. Bien plus que l’exactitude chronologique, ce sont les échos formels, conceptuels tissés entre ses vidéos, ses installations, ses photographies, ses livres d’artiste, qui régissent le cours de cette déambulation dans l’architecture singulière du Château d’Eau.
L’artiste nous convie tout autant à entrer dans son univers plastique que dans son musée imaginaire reconstitué ici de manière inédite avec la présence de pièces originales issues de sa collection personnelle et de cinq institutions publiques de la Ville de Toulouse - Les Abattoirs – MNAM Pompidou et les musées des Augustins, des Arts Précieux Paul-Dupuy, Labit et Saint-Raymond. Précieux compagnons de route de l’artiste, des œuvres de Dado, de Dieter Appelt, Zoran Mušič, de Glenda León, d’Henri Michaux mais également des vanités hollandaise et italienne des 17ème et 18ème siècles, ainsi que divers objets vernaculaires ou anonymes ponctuent cette plongée intime dans l’exceptionnelle matrice artistique de Sophie Zénon.
