Temps de vérité

Sophie Bernard

Article publié dans le magazine "Images magazine", numéro 66, septembre 2014.

Riche actualité pour Sophie Zénon avec pas moins de quatre expositions cet automne. Notre choix : deux séries réalisées cette année dans lesquelles elle explore les possibilités du polaroid tout en s’inscrivant dans les thématiques de l’absence/présence et apparition/disparition qui lui sont chères depuis 2008.

"Pour chacune de mes séries, je cherche la forme plastique la plus apte à traduire mon propos et celle qui dépasse la simple reproduction du réel”, explique Sophie Zénon. Noir et blanc, couleur, argentique, numérique, format panoramique ou carré... le travail de cette photographe en marge des courants n’est assujetti à aucune règle, si ce n’est celles, différentes à chaque fois, qu’elle se fixe lorsqu’elle débute un nouveau projet. Dans son travail, il y a des constantes cependant : un processus de création qui passe par une phase de recherche et d’expérimentation qui la conduit à se réapproprier des procédés, comme ici le polaroid. Et des thématiques qu’elle suit sur le long terme : ces dernières six années le temps et la mémoire.


Ainsi en est-il de Fugaces et Miroirs et simulacres, deux séries réalisées en 2014 au Polaroid ou Impossible, qui ont chacune leur processus d’élaboration propre. Ces étranges paysages jaunes sont en effet les vestiges de polaroids couleur oubliés au fond d’une boîte depuis 2005. Sophie Zénon les appelle “peau” parce qu’il s’agit de la partie destinée à être jetée après réalisation du positif. Mais elle, elle les a conservés sans savoir que près de dix ans plus tard elle leur offrirait une nouvelle vie. Ces troublants portraits bleus, eux, fruit d’une commande réalisée cette année pour le Musée d’Etampes qui fête ses 140 ans, sont le résultat d’un autre détournement à l’étape du développement. Sophie Zénon a choisi de l’interrompre au moment où l’image commençait à surgir pour obtenir ce qu’elle nomme “une image spectrale”, éphémère parce que destinée à disparaître si elle ne l’avait fixée pour toujours.


Mais si cette photographe aime façonner ses images et triturer les matières, ce serait une erreur de réduire son travail à un geste technique. Sa réflexion, depuis 2008, porte sur le passage du temps, sur des notions inhérentes à la photographie : apparition- disparition et présence-absence. Car Sophie Zénon confère un pouvoir particulier à la photographie : dans Fugace, la première série, celui de ranimer le souvenir ; dans la seconde, Miroirs et simulacres, celui de faire revivre des êtres qui ont disparu depuis longtemps. Il s’agit en l’occurence de contemporains du sculpteur Elias Robert. Mais Sophie Zénon ne se leurre pas pour autant. Elle sait bien que sa quête est vaine. Et finalement, dans l’une comme dans l’autre série, l’image fait illusion mais ne résoud pas la question du manque dû à l’absence. Comme elle le dit si bien : “En conclusion, je ne suis pas en paix avec le temps”. Tant mieux, cela signifie qu’elle va continuer à chercher. 

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